2ème partie du témoignage de Kochaï 🕊🇦🇫, minot afghan arrivé à Marseille depuis deux ans


Dernière partie : La situation de l’Afghanistan aujourd’hui


Si je vous parle de la situation en Afghanistan, c’est vraiment très, très compliqué. Vous voyez tout ce qui se passe là-bas, actuellement à la télévision. Les gens qui essaient de s’enfuir en montant sur les avions et qui tombent. Si je parle trop de ça, j’ai peur de ne pas arriver à dormir ce soir.


J’ai connu la guerre depuis ma naissance et la génération de mes parents, c’est pareil.


Ici les français ont beaucoup de chances de connaître la paix. Ici, on peut tout faire, on peut aller à l’école, les filles peuvent aller à l’école. On peut vivre pour soi, on peut parler de ce qu’on veut. Là bas, tu n’as pas le droit de parler, on n’a pas la liberté de vivre.


Nous les afghans de Marseille, nos familles sont là-bas et on a pas de nouvelles, on aimerait les ramener ici. On pense beaucoup à ça actuellement, mais on n’en parle pas entre nous, car tout le monde souffre. Certains ont des femmes et des bébés là-bas, alors on n’ose pas en parler.


Pour finir, je voudrais vous partager cette chanson en langue pachto du chanteur Javed Amirkhil, il chante pour le renouveau de mon pays et si vous lisez l’anglais vous pourrez comprendre les paroles. Merci à vous si vous avez lu et compris mes paroles.


✌ Rdv lundi prochain pour un troisième et dernier témoignage d’un minot afghan marseillais. Partagez, likez, bouléguez ✌

Parole de Minot Saison 3 🕊🇦🇫 : 2ème témoignage cette semaine.

Kochaï, minot afghan arrivé à Marseille depuis deux ans, après celui d’Ibrahim la semaine dernière.

Partie 1 : La traversée


Bonjour, je m’appelle Kochaï, je viens d’Afghanistan, j’ai 18 ans. Je suis à Marseille depuis deux ans. J’ai deux frères, une sœur et une mère. Mon père est décédé, j’étais enfant, il tenait un commerce et a été tué. Actuellement ma mère et ma sœur habitent avec mon cousin à Kaboul. Mes deux frères, eux, sont à Marseille depuis dix ans et travaillent ici.
Quand j’avais 16 ans, les talibans ont demandé à ma mère que je sois recruté avec eux et que je prenne les armes. C’est pour cela que ma mère m’a demandé de partir, de quitter l’Afghanistan pour rejoindre mes frères à Marseille.


On était 25 personnes dans une grande voiture, il n’y avait pas de places. Ma mère avait payé quelqu’un qui avait tout organisé jusqu’en France. On est arrivé à Nimroz, au sud-ouest de l’Afghanistan, à la frontière entre le Pakistan et l’Iran. On est allé au Pakistan, ensuite on est rentré en Iran. Des fois il fallait marcher, des fois on changeait de voiture.


On est arrivé en Turquie, on a marché à pied pour traverser la frontière avec la Bulgarie dans la montagne. Après on a traversé la Serbie, on est arrivé en Autriche, au total on était 18 personnes comme ça. C’est en Autriche qu’on a commencé à se séparer, certains sont allés en Allemagne. On est parti à trois en Italie avec un adulte, après on s’est quitté et je suis arrivé avec un autre mineur afghan à Marseille. Avec mon ami, on est arrivé chez mon frère. Nous étions partis depuis deux mois d’Afghanistan.


Après, ça a duré 3, 4 mois, car l’ADDAP ne voulait pas nous donner de places. Mes frères, ils ne pouvaient pas nous héberger tous les deux. Ils ont demandé à mon ami de partir, alors on a quitté tous les deux. On a dormi dehors pendant une semaine.


C’était il y a bientôt deux ans, puis on a trouvé des solidaires qui nous ont hébergé dans une maison. Ils ont fait la demande pour avoir des avocats et qu’on soit reconnu mineurs et mis à l’abri. Ça a duré un mois ou deux mois, ça a été compliqué, car mon ami a quitté Marseille sans rien dire, il me parlait souvent de Calais. A la fin, j’ai pu avoir une place à l’hôtel avec l’ADDAP. Je suis resté un an dans le même hôtel, j’ai pu commencer l’école. Avant je faisais des cours avec Katilla, une école de bénévoles.


Après un an, j’ai pu commencer un CAP et aujourd’hui j’ai un travail et une carte de travail pour un an et j’ai eu un CDI. J’aime bien Marseille, la ville, les gens, la plage, le climat, mais il me manque la neige des fois comme dans mon pays, l’Afghanistan.


✌ Rdv vous vendredi pour la 2ème partie du témoignage de Kochaï sur la situation actuelle de l’Afghanistan. Partagez, likez, bouléguez ✌

Panorama of Turin, with the Alps in the backround and a hot air baloon, Turin, Italy

Parole de Minot Saison 3 🇦🇫🕊️ : Récit d’Ibrahim, minot afghan de 20 ans, arrivé à Marseille depuis 3 ans.

2ème partie : La situation de l’Afghanistan et le retour des talibans au pouvoir.


Je voudrais vous parler de l’Afghanistan qui fait les grands titres aujourd’hui avec le retour des talibans et le départ des américains, des français, des anglais, des allemands, des australiens.


En Afghanistan, ça fait plus de 40 ans qu’il y a une guerre civile et religieuse entre les 4 communautés principales, les pachtouns, les tadjiks, les hazaras, et les ouzbeks. Ça a commencé au début par des politiciens qui gouvernaient mal et pensaient à leurs intérêts, petit à petit à il y’a eu le cycle de la violence et ça a augmenté. C’est très difficile de dire quels pays étrangers soutiennent quelle communauté ou quelle idéologie, que ce soit la Russie, l’OTAN, l’Iran, le Pakistan et plus récemment la Chine aussi. Ça dépend

de l’intérêt de chacune de ces puissances et ça évolue en fonction des années.
Au départ les talibans dans les années 90 étaient beaucoup soutenus par l’Iran et le Pakistan. Pour moi l’intérêt des deux pays était qu’ils savaient que les talibans ne pourraient pas gouverner l’Afghanistan comme un grand pays et qu’ils pourraient profiter de faire du commerce sans avoir à payer des taxes de douanes et de profiter de la main d’œuvre afghane. Dans les années 90, les talibans étaient violents, très radicaux contre les autres. Ils ont pendu le président docteur Najib qui était pachtoun avait soutenu les russes et ont laissé son corps visible plusieurs jours. Nous avons tous appris cela quand nous étions enfant. Ils ont tué le chef de la communauté Hazara. En 2001, ils ont tué le général Massoud.


Quand ils étaient au pouvoir, ils ont interdit l’école à part l’école religieuse et les filles ne pouvaient plus y aller à partir de 10 ans. A partir du même âge les filles et toutes les femmes devaient porter la burqa quand elles sortaient de la maison. Ils ont imposé d’écouter que de la musique religieuse, les femmes ne pouvaient pas travailler. Les hommes allaient en prison s’ ils se rasaient la barbe et ils restaient en prison en attendant d’avoir une longue barbe d’au moins 20 centimètres. Certains hommes sont restés des années en prison car leurs barbes ne poussaient pas.


Quand les américains sont arrivés en 2001, ils ont voulu faire un gouvernement avec toutes les communautés, à part les talibans. Pendant 2,3 ans ça a été calme, puis les talibans ont commencé à poser des bombes dans les écoles, dans la rue, dans les magasins. Ils étaient contre les gouvernements, ils pouvaient décapiter les professeurs, les policiers, les fonctionnaires. Il y avait beaucoup d’insécurité de pire en pire, c’était comme ça quand j’étais enfant. Il y a 4 mois, ils ont fait sauté 3 bombes dans une très grande école de Kaboul au moment où les filles avaient cours. Il y a eu plus de 200 morts, 500 blessées, essentiellement des filles entre 6 et 18 ans.


Il y a un an, les américains ont commencé à négocier avec les talibans, c’est à partir de là que les attentats ont augmenté. Les talibans disaient qu’ils allaient revenir au pouvoir, mais personne n’y croyait en Afghanistan. Tout est allé très vite, la plupart des afghans ne veulent plus se battre, ne veulent plus de morts. Tout était compliqué, crise économique, crise du covid, crise politique.


Il y a plus de 200 000 personnes en Afghanistan qui ont fait des études à l’étranger et qui sont revenus au pays pour faire fonctionner les domaines de la santé, des écoles, de l’administration, des médias. Eux-mêmes pour la plupart se sont retrouvés bloqués aujourd’hui.


A Kaboul, il y a deux groupes de talibans qui se font la guerre entre eux actuellement pour savoir qui sera le premier à gouverner. Il y a eu beaucoup de coups de feu à Kaboul ces dernières nuits et ce week-end. Il y’a eu l’attentat à l’aéroport aussi il y a 15 jours. Dans les médias afghans, ils disent que c’est DAESH, mais à Kaboul personne ne sait qui est DAESH. Vendredi dernier, les talibans ont commencé à attaquer Panshir, la province du fils du général Massoud et ou est actuellement l’ancien vice-président. C’est la seule province qui résiste. Le peuple afghan a peur que la guerre civile continue car la province du Panshir a des moyens matériels et militaires. Les talibans ont commencé un embargo sur la nourriture qui arrive dans la province.


Tout est très étrange ces temps ci, les américains ont laissé des armes et même des tanks que les talibans ont récupéré. Sur les réseaux sociaux, on a vu du matériel militaire américain être amené par les talibans en Iran. Les talibans veulent faire un gouvernement très centraliste et demandent à tous les Afghans de donner leurs armes. Le fils du commandant Massoud est très populaire et il veut plus d’un Etat fédéraliste qui correspond plus au fonctionnement de notre pays. Alors c’est possible que la guerre reprenne et que les talibans ne restent pas longtemps au pouvoir, je pense, car la plupart des peuples d’afghanistan savent qu’ils ne peuvent pas gouverner le pays.


En conclusion, c’est très compliqué de prévoir l’avenir de mon pays. Il y a beaucoup de ressources minières, de l’or, du fer, dans les montagnes qui n’ont jamais été exploitées. Et puis l’Afghanistan c’est comme le carrefour giratoire de l’Asie, ça connecte la Russie, l’Inde, la Chine avec l’Europe, la Turquie, l’Iran. Alors pour toutes ces raisons et même si c’est triste, je pense qu’il y a des pays étrangers qui ne veulent pas le développement et l’indépendance de l’Afghanistan et qui savent que les talibans sont un bon moyen pour ça.


C’est pour cette raison que je voulais vous partager cette chanson du chanteur Dawood Sarkhosh dont le titre est Sarzamin Man, qui veut dire “mon pays” en langue dari. Tout le monde ne comprend pas cette langue en Afghanistan, cette chanson a 5, 6 ans et à l’heure actuelle beaucoup de gens l’écoutent, elle passe beaucoup dans les médias. Il parle du futur trouble de notre pays et de son passé très compliqué, des violences, des inégalités, et que nous sommes usés et fatigués par les persécutions, les morts et les trahisons. Je vous remercie si vous avez lu et compris mon message.


✌️Rdv lundi pour un nouveau témoignage d’un minot afghan non accompagné. Partagez, likez, bouléguez ✌️


Parole de Minot Saison 3 🇦🇫🕊 : Récit d’Ibrahim, minot afghan de 20 ans, arrivé à Marseille depuis 3 ans.


1ère partie. Le parcours :


Bonjour, je m’appelle Ibrahim, j’ai 20 ans. J’habite à Marseille et je viens de l’Afghanistan. Je suis à Marseille depuis plus de deux ans et demi. J’avais déjà fait un parole de minot en juin 2019.


En Afghanistan, je suis né dans la province de Wardak, au nord de Kaboul. J’ai grandi et j’ai été scolarisé en Afghanistan, puis je me suis retrouvé dans une situation financière très compliquée. Il y avait aussi des risques d’insécurité car les talibans posaient des bombes dans les écoles, faisaient des attentats, volaient les gens.


Quand j’avais 14, 15 ans, je me suis dit que c’était mieux de quitter l’Afghanistan car les familles n’avaient pas les moyens de payer l’école et même il n’y avait pas les professeurs. L’école ce n’était pas une maison, c’était comme des bâches en plastiques avec des poteaux en bois qui n’existait que l’été. Sinon c’est l’école religieuse dans la mosquée.


Après je suis allé en Iran avec des collègues car beaucoup de mon village y vivaient. J’ai travaillé là bas, pour trouver un logement c’est plus facile qu’en France, mais le risque c’est de se faire arrêter par la police quand on est sans papiers, car on peut être renvoyé de suite en Afghanistan et c’est très fréquent. Chaque jour, c’est des centaines d’Afghans qui entrent en Iran et le gouvernement demande une taxe, c’est devenu un business.


En Iran, il n’y a pas de lois pour l’intégration, c’est très difficile d’avoir des papiers pour un travail légal. Ceux qui sont arrivés il y’a plus de 20 ans, 30 ans ont un renouvellement chaque année et ceux qui arrivent aujourd’hui n’ont aucune chance d’avoir une carte. En plus quand tu as une carte de séjour, c’est pour faire des métiers particuliers comme dans le bâtiment, dans les carrières, les mines, ou l’agriculture. Je voyais les jeunes iraniens de mon âge qui allaient à l’école et moi j’étais obligé de faire ces métiers-là. C’est pour ça que j’ai décidé de ne jamais revenir en Afghanistan et de quitter l’Iran.


C’est comme ça que je suis parti en Turquie avec des amis, on était caché dans les camions. Puis de la Turquie, je suis resté presque un mois et on a pris le petit bateau. On est arrivé jusqu’à côté de l’île de Samos en Grèce et c’est la police sur les bateaux qui nous a amené sur un grand bateau pour aller à Athènes. On a eu de la chance, il y’a des gens qui font 5 fois, 10 fois la traversée, qui est très dangereuse car on est sur des zodiacs abîmés, et la police les ramène chaque fois en Turquie.


Toujours avec les mêmes amis, on a payé un billet illégal pour monter dans le ferry à Patras et arriver en Italie. Petit à petit, on a commencé à se séparer. Certains étaient restés en Grèce pour aller en Allemagne. D’autres depuis l’Italie ont voulu aller en Suisse. On est arrivé à trois à Nice. On a chacun eu une opp par le juge à Nice pour être mis à l’abri. Puis un est resté à Nice, un a été transféré à Paris, et moi j’ai été transféré à Marseille.


Moi, j’étais avec un malien et on nous a envoyé à Marseille en nous disant que des éducateurs allaient venir nous chercher à la gare. Quand nous sommes arrivés à la gare, il n’y avait personne. On a dormi trois jours dehors. On est allé à la police, ils nous ont dit d’aller à la DIMEF. On est resté 15 jours à l’hôtel, puis on nous a demandé de partir car il n’y avait pas de places. On est reparti dans le bureau de la DIMEF, place Castellane. Là il n’y avait pas de solutions et ce sont d’autres jeunes qui nous ont parlé du squat St Just. On y est allé et on y est resté deux mois. C’était en février 2019.


En avril j’ai pu enfin être mis à l’abri, je suis resté un an et demi à l’hôtel. C’était bien au début, après c’était compliqué car il fallait aller chercher les repas loin et car on était deux dans la chambre. En septembre 2019, j’ai pu commencer l’école pour faire un vrai apprentissage du français. En janvier 2020 comme j’avais bien progressé, j’ai pu faire un bac pro dans un domaine qui me plait. J’ai dû beaucoup travaillé, avec le confinement c’était compliqué mais j’ai rattrapé le retard et aujourd’hui je commence la dernière année de Terminale.


Plus tard, j’aimerai continuer avec un BTS en alternance. Aujourd’hui je me sens libre et en sécurité, on m’a accordé une carte avec la protection subsidiaire pour 4 ans. Quand je marche dans la rue, je n’ai pas peur de me faire agresser.

✌️ RDV Vendredi pour la suite et fin du récit d’Ibrahim qui parlera de la situation de son pays et de son point de vue sur le retour des talibans. Partagez, likez, bouléguez ✌️