Récit de Minot – Témoignage Audio d’Abdoulaye 🙂🕊

Cette semaine, « Parole de Minot » fait un détour avec la diffusion d’enregistrements audios datant du 1er mai 2021.

Aujourd’hui le témoignage d’Abdoulaye, qui raconte les raisons de son départ, la traversée et son accueil à Marseille.

Avec plus de 200 publications depuis juin 2019, « Parole de Minots » est le format de l’association RAMINA pour œuvrer à une prise de conscience citoyenne en donnant la parole aux mineurs isolés étrangers présents à Marseille.

✌ Rdv vendredi pour le témoignage de Féti. Partagez, likez, abonnez vous à la chaine Youtube ✌

Parole de Minot Saison 3 🕊🇦🇫 : Sakhi, suite et fin du témoignage.

Partie 2. Après avoir raconté son parcours, Sakhi évoque la situation actuelle de l’Afghanistan et son rapport à la foi.


Maintenant je vais vous parler de mon pays. En Afghanistan, il y a plusieurs communautés de peuples. Les grands peuples en Afghanistan s’appellent pachtouns, tadjiks, et hazaras, et les ouzbeks qui sont moins nombreux. 90% des talibans se sont des pachtouns et se sont eux qui ont pris le pouvoir et ne voulaient pas le partager avec d’autres peuples.


Dès que les talibans prennent le pouvoir, il y a beaucoup d’interdictions. Ils interdisent la musique, ils interdisent aussi aux femmes de sortir toute seule, de travailler, ou de faire de la politique. Ils obligent les hommes à se faire pousser la barbe. Pour eux, c’est une façon de dire qu’on ne peut rien respecter de plus que la religion.


Pour moi, il y a des choses bien et des mauvaises choses. Moi quand je suis énervé, j’écoute le Coran, traduit en dari, et cela m’apporte beaucoup de calme, ça me libère, ça me détend le corps. Ça me donne de l’espoir pour cette vie et pour celle d’après, car Dieu dit que ce monde est un test pour n’importe quel être vivant sur Terre. Je voudrais vous citer le verset 28 de la sourate 13 du Coran qui correspond tout à fait à ce que je ressens et qui dit : “Ceux qui ont cru et dont les cœurs se tranquillisent à l’évocation d’Allah. N’est-ce point l’évocation d’Allah qui tranquillisent les cœurs ?”


Les choses sont toujours plus compliquées, mais je pense que si les talibans ne partagent pas le pouvoir avec les autres peuples d’Afghanistan, il y aura une autre guerre. L’Afghanistan ne sera pas en paix.


Les talibans ont menti dans les médias d’Afghanistan et du monde entier en disant qu’ils partageraient le pouvoir et que le gouvernement serait ouvert à d’autres peuples. Mais la vérité, c’est tout autre chose, c’est que des pachtouns. L’Afghanistan ne sera jamais indépendante si les talibans n’arrêtent pas d’écouter le Pakistan.


L’Iran soutient aussi en cachette les talibans. Il y avait des écoles pour former les talibans en Iran, j’ai entendu plusieurs personnes qui disent l’avoir vu. Quand les talibans sont arrivés au pouvoir, ils ont ouvert les barrages afghans pour faire venir l’eau en Iran, sans demander quelque chose en retour. Nous, en Afghanistan, on a la montagne, on a la neige, ça nous donne de l’eau, c’est notre richesse et on a besoin de ça, alors que dans certains villages l’été, il n’y a pas d’eau. Dans le village de ma famille, l’été il n’y a pas d’eau et le puits est sec. Mon oncle, même en creusant à 25 mètres de profondeur, il ne trouve pas assez d’eau.


Si les talibans veulent gouverner, il faudra qu’en plus de partager le pouvoir ils échangent leurs vêtements militaires pour des vêtements classiques. Aujourd’hui beaucoup de gens mettent les vêtements des talibans, en disant qu’ils sont talibans, mais c’est pour cambrioler et abuser du pouvoir.


Pour finir, j’aimerai vous partager cette chanson, c’est une reprise de notre ancien hymne national. Il y a beaucoup de gens qui aiment cette chanson et qui l’écoutent actuellement en Afghanistan.


✌ Rdv lundi après ce détour par l’Afghanistan pour la suite de Parole de Minot S3 avec une semaine consacrée à la diffusion de deux témoignages audios. Partagez, likez, bouléguez ✌

3eme et dernier témoignage d’un minot afghan marseillais. Sakhi, arrivé en 2017 en France. 🇦🇫🕊️


1ere partie : Le parcours


Bonjour, je m’appelle Sakhi, j’ai 24 ans et je suis afghan. Je suis arrivé en France, ça fait 4 ans, j’avais 20 ans. Je me suis installé à Marseille depuis 3 ans. Aujourd’hui j’ai des frères et des sœurs en Afghanistan.


Quand j’avais 6 mois, ma mère est décédée. Nous vivions au centre de l’Afghanistan dans la province de Ghazni, ville de Jaghori. Nous étions de la communauté Hazara, qui est majoritaire dans la ville de Jaghori. Quand j’étais petit, j’étais en Afghanistan et c’était le premier gouvernement taliban. Les talibans ont annoncé un jour que tous les hazaras devaient quitter le pays et que si quelqu’un leur faisait du mal, ils n’auraient plus le droit de porter plainte. Du coup, mes deux grands frères, mon père et leurs familles ont commencé à partir vers l’Iran.


Moi j’étais trop petit pour me rappeler du gouvernement taliban, j’ai grandi en Iran. Nous étions arrivés avec le visa et après nous sommes devenus des clandestins. Quand j’étais petit, je n’avais pas le droit d’aller à l’école officielle iranienne parce que je n’avais pas la nationalité iranienne. J’ai appris à lire grâce à l’association “Naihzar Sawat Amozi” où j’ai pu étudier pendant un an. C’est la seule période de mon enfance où j’ai pu un peu étudier et apprendre à lire. C’est peu pour apprendre à régler les situations dans la vie.


Nous vivions dans les chambres de l’usine où travaillait mon grand frère. C’est une usine de production d’oxygène pour les hôpitaux, les chalumeaux… Quand j’avais 9, 10 ans, un ami du patron de mon frère est venu dans son usine et a vu qu’on vivait là bas. Il m’a proposé de travailler pour lui et de m’apprendre le métier. Il avait un magasin de vente de matériel en bâtiment. Il a commencé à me donner un salaire de suite. Si je cassais du matériel, il enlevait le prix de mon salaire.


J’ai travaillé là-bas 2, 3 ans. Puis il y a d’autres patrons qui ont été intéressés pour me faire travailler. Après j’ai travaillé pendant 6 mois dans un magasin qui vendait et remplaçait des bobines électriques. Après j’ai travaillé un an dans un magasin de voltage faible. J’avais 13, 14 ans, c’est à cet âge là que mon père est mort. Avec le patron et le chef d’équipe, je montais des tableaux, je réalisais des circuits.


Puis mon grand frère qui était le chef de famille m’a expliqué que je devais demander une augmentation à mon patron, mais ce dernier n’a pas accepté. Alors mon grand frère m’a amené dans un autre métier dans le bâtiment. J’étais dans les chantiers, c’était trop fatigant. Il fallait porter des briques et les monter sur plusieurs étages. Faire monter le ciment pour les échafaudages. Quelque temps après, mon frère a décidé de revenir en Afghanistan pour s’installer.


Au bout de 6 mois, il a demandé au reste de la famille en Iran, sa femme et ses enfants, de le rejoindre et m’a demandé à moi de rester tout seul. Après il a vendu les terres de mon père et est parti avec sa famille en Indonésie. Aujourd’hui il vit au Canada. Moi je n’ai reçu aucun argent des terres qui appartenaient à notre famille. Et puis il demandait que je continue à envoyer une partie de l’argent de mon travail en Iran à sa famille.


Quand j’avais 15, 16 ans, j’étais seul en Iran. Je n’avais pas de maison, pas de logement. J’ai arreté de travailler dans le bâtiment pour travailler dans une carrière de pierre. J’avais peur d’être attrapé par la police ou les militaires iraniens car j’étais un clandestin et je pouvais être renvoyé en Afghanistan. Mais aussi si on m’attrapait, le gouvernement iranien avait obligé des milliers d’afghans à aller combattre en Syrie contre Daech, et sinon elle nous menaçait de prison plusieurs mois.


Comme je ne voulais pas faire la guerre, j’ai décidé de quitter l’Iran pour aller en Turquie. Quand je suis arrivé, je me suis rendu compte que les gens de Turquie étaient racistes parce qu’ils ne donnaient pas du travail à tout le monde. J’étais à Istanbul, alors pour essayer de survivre j’ai trouvé un métier de misère. J’avais un chariot, je marchais en ville pour chercher les plastiques, les cartons, le fer, le cuivre,… pour le revendre à des magasins qui le revendaient plus cher. Des jours il n’y avait rien, d’autres jours il y en avait plein. Je gagnais juste de quoi vivre au jour le jour. Le prix de la location d’une chambre à Istanbul était plus cher que tout ce que je gagnais en un mois.


J’avais 17 ans et j’ai décidé de venir en Europe. Je suis parti d’Izmir, sur un petit bateau en plastique, un zodiac. On était 18 ou 19 personnes. On est arrivé au large de l’île de Samos et la police nous a arrêtés avec un grand bateau et un hélicoptère. On a été 6 mois dans un camp dans la montagne de l’île de Samos. C’était comme une prison, on n’avait pas le droit de sortir dans la journée. La nourriture, ça allait, c’était des pommes de terre avec un peu de sauce, un peu de viande. J’ai appris un peu la langue anglaise, j’ai rencontré d’autres Afghans et je pouvais parler ma langue maternelle. Je ne me sentais pas tout seul. Mais comme j’avais envie de parler ma langue maternelle, ce n’était pas facile d’apprendre d’autres langues comme le grec.


Après, comme j’étais mineur on m’a envoyé à Athènes dans un foyer. J’avais un appartement avec d’autres, c’était trop bien. Je jouais avec des collègues comme un enfant, c’est ce que j’avais jamais connu parce que j’ai commencé à travailler à 9 ans. Dès que j’ai eu 18 ans, on m’a renvoyé dans un immense camp, je crois que c’était celui de Morià. On était dans un conteneur transformé en chambre, on était 4 ou 5 dedans. J’avais des compagnons de chambre qui fumaient beaucoup de haschich, j’avais peur de devenir fumeur comme eux alors j’ai décidé de m’échapper plutôt que de devenir drogué. Je suis parti vers le port de Patras et je me suis caché sous un camion qui rentrait dans le bateau qui partait en Italie. La police m’a attrapé deux ou trois fois, ils me relachaient et je reessayais.


En Italie, je suis resté une semaine à Milan. J’ai essayé de partir en Suisse, mais la police contrôle et c’est impossible d’échapper. Alors je suis revenu à Milan et j’ai commencé à venir en France. Je suis arrivé à Nice en me cachant dans le train, nous étions tout un groupe. A Marseille, j’ai cherché à acheter un billet pour Paris et j’ai eu de la chance car j’avais pas l’argent et quelqu’un m’a donné comme un faux billet.


Comme il n’y avait pas de contrôleurs, j’ai pu arriver à Paris. Je me disais “soit maintenant, soit jamais”. Dès que je suis arrivé à Paris, j’ai cherché la police municipale. Je suis rentré dans un restaurant et j’ai demandé en anglais : “Where i can find Police ?”. La serveuse était choquée : “Pourquoi vous cherchez la police ?” J’ai parlé avec mes mains pour expliquer que je voulais demander l’asile, déposer mes empreintes.


Après, ça faisait 14 jours que j’étais à Paris, je dormais dehors. Je restais dans le métro toute la journée, à circuler et à chercher un camp car les policiers m’avaient donné l’adresse. Ensuite je suis allé dans un camp à Porte de La Chapelle dans le XXème arrondissement. Après les autorités du camp ont décidé de partager les réfugiés dans plein de régions ,et moi je suis arrivé à Sisteron dans un foyer.


A Paris, les policiers avaient trouvé mes empreintes et que j’étais passé en Italie, mais c’était juste avant le début de la loi qui oblige les réfugiés à rester dans le premier pays où ils rentrent en Europe. C’est grâce à ça que j’ai eu l’asile en France. Lorsque j’ai eu l’interview pour la demande d’asile, j’ai raconté tout ce que ce je vous ai dit là, mais je vous en dit plus aujourd’hui.


A Sisteron, je partageais la chambre avec quelqu’un qui fumait beaucoup de haschich aussi dans la chambre, qui écoutait la musique fort. Je me suis plaint à l’Assistante Sociale, je lui ai montré une vidéo et je lui ai expliqué que je n’arrivais pas à dormir. Je suis resté un an à Sisteron. J’étais arrivé en France en février 2017, à la fin de l’année 2017, j’ai eu mes papiers.
Le professeur de français de l’école du Greta de Manosque m’a proposé de faire une formation de maçon VRD, qui veut dire Voirie Réseau Divers pour travailler sur les canalisations, les trottoirs. A la fin 2018, j’ai reçu le diplôme. J’avais passé ma formation à Istres et j’ai commencé à travailler à Marseille.


J’ai travaillé pour des agences d’intérim et après ils m’ont proposé un autre contrat dans un chantier qui dure jusqu’à maintenant. Je travaille dur, il n’y a pas d’augmentation de salaire et il y a des risques de se blesser. Moi, je me suis blessé à l’œil avec une poussière de ferraille et mon collègue s’est blessé gravement au bras avec une disqueuse. On l’a aidé à faire un garrot. Il a été en arrêt deux mois et aujourd’hui il n’a pas récupéré sa force et ne peut pas travailler comme avant.


Aujourd’hui à Marseille, je me sens bien, mais il y’a des difficultés comme pour chaque vie. J’aimerai prendre des cours pour améliorer mon français, mais je ne peux pas car je dois travailler pour gagner de l’argent. J’aimerai trouver un logement social plus grand que là où j’habite qui est plus petit qu’un studio, je dois cuisiner en cachette. Je paye 390€ de loyer par mois et je n’ai pas droit à des aides de la CAF.


✌️Rdv vendredi pour la suite et fin du témoignage de Sakhi qui nous parlera de son point de vue sur le retour des talibans et de son rapport à la foi. Partagez, likez, bouléguez ✌️

2ème partie du témoignage de Kochaï 🕊🇦🇫, minot afghan arrivé à Marseille depuis deux ans


Dernière partie : La situation de l’Afghanistan aujourd’hui


Si je vous parle de la situation en Afghanistan, c’est vraiment très, très compliqué. Vous voyez tout ce qui se passe là-bas, actuellement à la télévision. Les gens qui essaient de s’enfuir en montant sur les avions et qui tombent. Si je parle trop de ça, j’ai peur de ne pas arriver à dormir ce soir.


J’ai connu la guerre depuis ma naissance et la génération de mes parents, c’est pareil.


Ici les français ont beaucoup de chances de connaître la paix. Ici, on peut tout faire, on peut aller à l’école, les filles peuvent aller à l’école. On peut vivre pour soi, on peut parler de ce qu’on veut. Là bas, tu n’as pas le droit de parler, on n’a pas la liberté de vivre.


Nous les afghans de Marseille, nos familles sont là-bas et on a pas de nouvelles, on aimerait les ramener ici. On pense beaucoup à ça actuellement, mais on n’en parle pas entre nous, car tout le monde souffre. Certains ont des femmes et des bébés là-bas, alors on n’ose pas en parler.


Pour finir, je voudrais vous partager cette chanson en langue pachto du chanteur Javed Amirkhil, il chante pour le renouveau de mon pays et si vous lisez l’anglais vous pourrez comprendre les paroles. Merci à vous si vous avez lu et compris mes paroles.


✌ Rdv lundi prochain pour un troisième et dernier témoignage d’un minot afghan marseillais. Partagez, likez, bouléguez ✌

Parole de Minot Saison 3 🕊🇦🇫 : 2ème témoignage cette semaine.

Kochaï, minot afghan arrivé à Marseille depuis deux ans, après celui d’Ibrahim la semaine dernière.

Partie 1 : La traversée


Bonjour, je m’appelle Kochaï, je viens d’Afghanistan, j’ai 18 ans. Je suis à Marseille depuis deux ans. J’ai deux frères, une sœur et une mère. Mon père est décédé, j’étais enfant, il tenait un commerce et a été tué. Actuellement ma mère et ma sœur habitent avec mon cousin à Kaboul. Mes deux frères, eux, sont à Marseille depuis dix ans et travaillent ici.
Quand j’avais 16 ans, les talibans ont demandé à ma mère que je sois recruté avec eux et que je prenne les armes. C’est pour cela que ma mère m’a demandé de partir, de quitter l’Afghanistan pour rejoindre mes frères à Marseille.


On était 25 personnes dans une grande voiture, il n’y avait pas de places. Ma mère avait payé quelqu’un qui avait tout organisé jusqu’en France. On est arrivé à Nimroz, au sud-ouest de l’Afghanistan, à la frontière entre le Pakistan et l’Iran. On est allé au Pakistan, ensuite on est rentré en Iran. Des fois il fallait marcher, des fois on changeait de voiture.


On est arrivé en Turquie, on a marché à pied pour traverser la frontière avec la Bulgarie dans la montagne. Après on a traversé la Serbie, on est arrivé en Autriche, au total on était 18 personnes comme ça. C’est en Autriche qu’on a commencé à se séparer, certains sont allés en Allemagne. On est parti à trois en Italie avec un adulte, après on s’est quitté et je suis arrivé avec un autre mineur afghan à Marseille. Avec mon ami, on est arrivé chez mon frère. Nous étions partis depuis deux mois d’Afghanistan.


Après, ça a duré 3, 4 mois, car l’ADDAP ne voulait pas nous donner de places. Mes frères, ils ne pouvaient pas nous héberger tous les deux. Ils ont demandé à mon ami de partir, alors on a quitté tous les deux. On a dormi dehors pendant une semaine.


C’était il y a bientôt deux ans, puis on a trouvé des solidaires qui nous ont hébergé dans une maison. Ils ont fait la demande pour avoir des avocats et qu’on soit reconnu mineurs et mis à l’abri. Ça a duré un mois ou deux mois, ça a été compliqué, car mon ami a quitté Marseille sans rien dire, il me parlait souvent de Calais. A la fin, j’ai pu avoir une place à l’hôtel avec l’ADDAP. Je suis resté un an dans le même hôtel, j’ai pu commencer l’école. Avant je faisais des cours avec Katilla, une école de bénévoles.


Après un an, j’ai pu commencer un CAP et aujourd’hui j’ai un travail et une carte de travail pour un an et j’ai eu un CDI. J’aime bien Marseille, la ville, les gens, la plage, le climat, mais il me manque la neige des fois comme dans mon pays, l’Afghanistan.


✌ Rdv vous vendredi pour la 2ème partie du témoignage de Kochaï sur la situation actuelle de l’Afghanistan. Partagez, likez, bouléguez ✌

Panorama of Turin, with the Alps in the backround and a hot air baloon, Turin, Italy

Parole de Minot Saison 3 🇦🇫🕊️ : Récit d’Ibrahim, minot afghan de 20 ans, arrivé à Marseille depuis 3 ans.

2ème partie : La situation de l’Afghanistan et le retour des talibans au pouvoir.


Je voudrais vous parler de l’Afghanistan qui fait les grands titres aujourd’hui avec le retour des talibans et le départ des américains, des français, des anglais, des allemands, des australiens.


En Afghanistan, ça fait plus de 40 ans qu’il y a une guerre civile et religieuse entre les 4 communautés principales, les pachtouns, les tadjiks, les hazaras, et les ouzbeks. Ça a commencé au début par des politiciens qui gouvernaient mal et pensaient à leurs intérêts, petit à petit à il y’a eu le cycle de la violence et ça a augmenté. C’est très difficile de dire quels pays étrangers soutiennent quelle communauté ou quelle idéologie, que ce soit la Russie, l’OTAN, l’Iran, le Pakistan et plus récemment la Chine aussi. Ça dépend

de l’intérêt de chacune de ces puissances et ça évolue en fonction des années.
Au départ les talibans dans les années 90 étaient beaucoup soutenus par l’Iran et le Pakistan. Pour moi l’intérêt des deux pays était qu’ils savaient que les talibans ne pourraient pas gouverner l’Afghanistan comme un grand pays et qu’ils pourraient profiter de faire du commerce sans avoir à payer des taxes de douanes et de profiter de la main d’œuvre afghane. Dans les années 90, les talibans étaient violents, très radicaux contre les autres. Ils ont pendu le président docteur Najib qui était pachtoun avait soutenu les russes et ont laissé son corps visible plusieurs jours. Nous avons tous appris cela quand nous étions enfant. Ils ont tué le chef de la communauté Hazara. En 2001, ils ont tué le général Massoud.


Quand ils étaient au pouvoir, ils ont interdit l’école à part l’école religieuse et les filles ne pouvaient plus y aller à partir de 10 ans. A partir du même âge les filles et toutes les femmes devaient porter la burqa quand elles sortaient de la maison. Ils ont imposé d’écouter que de la musique religieuse, les femmes ne pouvaient pas travailler. Les hommes allaient en prison s’ ils se rasaient la barbe et ils restaient en prison en attendant d’avoir une longue barbe d’au moins 20 centimètres. Certains hommes sont restés des années en prison car leurs barbes ne poussaient pas.


Quand les américains sont arrivés en 2001, ils ont voulu faire un gouvernement avec toutes les communautés, à part les talibans. Pendant 2,3 ans ça a été calme, puis les talibans ont commencé à poser des bombes dans les écoles, dans la rue, dans les magasins. Ils étaient contre les gouvernements, ils pouvaient décapiter les professeurs, les policiers, les fonctionnaires. Il y avait beaucoup d’insécurité de pire en pire, c’était comme ça quand j’étais enfant. Il y a 4 mois, ils ont fait sauté 3 bombes dans une très grande école de Kaboul au moment où les filles avaient cours. Il y a eu plus de 200 morts, 500 blessées, essentiellement des filles entre 6 et 18 ans.


Il y a un an, les américains ont commencé à négocier avec les talibans, c’est à partir de là que les attentats ont augmenté. Les talibans disaient qu’ils allaient revenir au pouvoir, mais personne n’y croyait en Afghanistan. Tout est allé très vite, la plupart des afghans ne veulent plus se battre, ne veulent plus de morts. Tout était compliqué, crise économique, crise du covid, crise politique.


Il y a plus de 200 000 personnes en Afghanistan qui ont fait des études à l’étranger et qui sont revenus au pays pour faire fonctionner les domaines de la santé, des écoles, de l’administration, des médias. Eux-mêmes pour la plupart se sont retrouvés bloqués aujourd’hui.


A Kaboul, il y a deux groupes de talibans qui se font la guerre entre eux actuellement pour savoir qui sera le premier à gouverner. Il y a eu beaucoup de coups de feu à Kaboul ces dernières nuits et ce week-end. Il y’a eu l’attentat à l’aéroport aussi il y a 15 jours. Dans les médias afghans, ils disent que c’est DAESH, mais à Kaboul personne ne sait qui est DAESH. Vendredi dernier, les talibans ont commencé à attaquer Panshir, la province du fils du général Massoud et ou est actuellement l’ancien vice-président. C’est la seule province qui résiste. Le peuple afghan a peur que la guerre civile continue car la province du Panshir a des moyens matériels et militaires. Les talibans ont commencé un embargo sur la nourriture qui arrive dans la province.


Tout est très étrange ces temps ci, les américains ont laissé des armes et même des tanks que les talibans ont récupéré. Sur les réseaux sociaux, on a vu du matériel militaire américain être amené par les talibans en Iran. Les talibans veulent faire un gouvernement très centraliste et demandent à tous les Afghans de donner leurs armes. Le fils du commandant Massoud est très populaire et il veut plus d’un Etat fédéraliste qui correspond plus au fonctionnement de notre pays. Alors c’est possible que la guerre reprenne et que les talibans ne restent pas longtemps au pouvoir, je pense, car la plupart des peuples d’afghanistan savent qu’ils ne peuvent pas gouverner le pays.


En conclusion, c’est très compliqué de prévoir l’avenir de mon pays. Il y a beaucoup de ressources minières, de l’or, du fer, dans les montagnes qui n’ont jamais été exploitées. Et puis l’Afghanistan c’est comme le carrefour giratoire de l’Asie, ça connecte la Russie, l’Inde, la Chine avec l’Europe, la Turquie, l’Iran. Alors pour toutes ces raisons et même si c’est triste, je pense qu’il y a des pays étrangers qui ne veulent pas le développement et l’indépendance de l’Afghanistan et qui savent que les talibans sont un bon moyen pour ça.


C’est pour cette raison que je voulais vous partager cette chanson du chanteur Dawood Sarkhosh dont le titre est Sarzamin Man, qui veut dire “mon pays” en langue dari. Tout le monde ne comprend pas cette langue en Afghanistan, cette chanson a 5, 6 ans et à l’heure actuelle beaucoup de gens l’écoutent, elle passe beaucoup dans les médias. Il parle du futur trouble de notre pays et de son passé très compliqué, des violences, des inégalités, et que nous sommes usés et fatigués par les persécutions, les morts et les trahisons. Je vous remercie si vous avez lu et compris mon message.


✌️Rdv lundi pour un nouveau témoignage d’un minot afghan non accompagné. Partagez, likez, bouléguez ✌️


Parole de Minot Saison 3 🇦🇫🕊 : Récit d’Ibrahim, minot afghan de 20 ans, arrivé à Marseille depuis 3 ans.


1ère partie. Le parcours :


Bonjour, je m’appelle Ibrahim, j’ai 20 ans. J’habite à Marseille et je viens de l’Afghanistan. Je suis à Marseille depuis plus de deux ans et demi. J’avais déjà fait un parole de minot en juin 2019.


En Afghanistan, je suis né dans la province de Wardak, au nord de Kaboul. J’ai grandi et j’ai été scolarisé en Afghanistan, puis je me suis retrouvé dans une situation financière très compliquée. Il y avait aussi des risques d’insécurité car les talibans posaient des bombes dans les écoles, faisaient des attentats, volaient les gens.


Quand j’avais 14, 15 ans, je me suis dit que c’était mieux de quitter l’Afghanistan car les familles n’avaient pas les moyens de payer l’école et même il n’y avait pas les professeurs. L’école ce n’était pas une maison, c’était comme des bâches en plastiques avec des poteaux en bois qui n’existait que l’été. Sinon c’est l’école religieuse dans la mosquée.


Après je suis allé en Iran avec des collègues car beaucoup de mon village y vivaient. J’ai travaillé là bas, pour trouver un logement c’est plus facile qu’en France, mais le risque c’est de se faire arrêter par la police quand on est sans papiers, car on peut être renvoyé de suite en Afghanistan et c’est très fréquent. Chaque jour, c’est des centaines d’Afghans qui entrent en Iran et le gouvernement demande une taxe, c’est devenu un business.


En Iran, il n’y a pas de lois pour l’intégration, c’est très difficile d’avoir des papiers pour un travail légal. Ceux qui sont arrivés il y’a plus de 20 ans, 30 ans ont un renouvellement chaque année et ceux qui arrivent aujourd’hui n’ont aucune chance d’avoir une carte. En plus quand tu as une carte de séjour, c’est pour faire des métiers particuliers comme dans le bâtiment, dans les carrières, les mines, ou l’agriculture. Je voyais les jeunes iraniens de mon âge qui allaient à l’école et moi j’étais obligé de faire ces métiers-là. C’est pour ça que j’ai décidé de ne jamais revenir en Afghanistan et de quitter l’Iran.


C’est comme ça que je suis parti en Turquie avec des amis, on était caché dans les camions. Puis de la Turquie, je suis resté presque un mois et on a pris le petit bateau. On est arrivé jusqu’à côté de l’île de Samos en Grèce et c’est la police sur les bateaux qui nous a amené sur un grand bateau pour aller à Athènes. On a eu de la chance, il y’a des gens qui font 5 fois, 10 fois la traversée, qui est très dangereuse car on est sur des zodiacs abîmés, et la police les ramène chaque fois en Turquie.


Toujours avec les mêmes amis, on a payé un billet illégal pour monter dans le ferry à Patras et arriver en Italie. Petit à petit, on a commencé à se séparer. Certains étaient restés en Grèce pour aller en Allemagne. D’autres depuis l’Italie ont voulu aller en Suisse. On est arrivé à trois à Nice. On a chacun eu une opp par le juge à Nice pour être mis à l’abri. Puis un est resté à Nice, un a été transféré à Paris, et moi j’ai été transféré à Marseille.


Moi, j’étais avec un malien et on nous a envoyé à Marseille en nous disant que des éducateurs allaient venir nous chercher à la gare. Quand nous sommes arrivés à la gare, il n’y avait personne. On a dormi trois jours dehors. On est allé à la police, ils nous ont dit d’aller à la DIMEF. On est resté 15 jours à l’hôtel, puis on nous a demandé de partir car il n’y avait pas de places. On est reparti dans le bureau de la DIMEF, place Castellane. Là il n’y avait pas de solutions et ce sont d’autres jeunes qui nous ont parlé du squat St Just. On y est allé et on y est resté deux mois. C’était en février 2019.


En avril j’ai pu enfin être mis à l’abri, je suis resté un an et demi à l’hôtel. C’était bien au début, après c’était compliqué car il fallait aller chercher les repas loin et car on était deux dans la chambre. En septembre 2019, j’ai pu commencer l’école pour faire un vrai apprentissage du français. En janvier 2020 comme j’avais bien progressé, j’ai pu faire un bac pro dans un domaine qui me plait. J’ai dû beaucoup travaillé, avec le confinement c’était compliqué mais j’ai rattrapé le retard et aujourd’hui je commence la dernière année de Terminale.


Plus tard, j’aimerai continuer avec un BTS en alternance. Aujourd’hui je me sens libre et en sécurité, on m’a accordé une carte avec la protection subsidiaire pour 4 ans. Quand je marche dans la rue, je n’ai pas peur de me faire agresser.

✌️ RDV Vendredi pour la suite et fin du récit d’Ibrahim qui parlera de la situation de son pays et de son point de vue sur le retour des talibans. Partagez, likez, bouléguez ✌️